The End of the World as We Know It

En Mai 2014, une étude financée par la NASA conclut que la civilisation telle qu’on la connaît n’en aurait plus que pour quelques décennies avant d’arriver à son terme.

Si tout le monde s’accorde sur le fait que nos habitudes de consommation et leurs coûts en ressources ne sont pas viables, la possibilité de l’effondrement de notre civilisation reste controversée. Pourtant bon nombre d’exemples historiques nous prouvent qu’une société, aussi avancée et sophistiquée soit-elle, peut être fragile et éphémère à l’échelle de l’Humanité, comme l’Empire Romain ou Mésopotamien.

Les chercheurs, menés par Safa Motesharrei, Eugenia Kalnay et Jorge Rivas, ont créé un modèle mathématique nommé HANDY (Human And Nature Dynamical)1 pour étudier les cultures passées et comprendre les raisons de leurs chutes respectives.
Ils ont ainsi pu identifier les causes principales de la décadence qui sont : le climat, la population, l’agriculture et l’eau, et l’énergie. Si ces variables convergent, elles peuvent mener au déclin d’un système, en créant deux faits sociaux : d’un côté une stratification économique de la société qui crée une élite (riches) et une masse (« Commoners »), et de l’autre l’amenuisement des ressources disponibles par rapport à la capacité de l’environnement. Et cette convergence semble justement se produire en ce moment, avec un fossé entre riches et pauvres qui ne cesse de croître, et une société de consommation à outrance qui est capable de produire plus que ce dont elle a besoin (on vous en parlait déjà dans le numéro zéro!)2.

Après avoir exploré plusieurs scénarios possibles, l’étude affirme que dans les conditions actuelles, il sera difficile d’échapper au déclin de notre civilisation.
Elle a donc modélisé des scénarios qui montrent le déclin d’une civilisation, et ils ont comme un goût familier. Dans le premier de ces scénarios, la civilisation semble bien se porter pendant un bon moment en baissant sa consommation, mais les élites finissent par trop consommer, causant alors une famine chez la masse, qui résulte en la fin de la société. Un autre scénario se penche sur le rôle de l’exploitation continue, et montre que la masse s’effondrerait plus vite, mais l’élite continuerait de bien se porter jusqu’à la disparition de la masse, qui l’entraîne alors avec elle. Dans ces deux scénarios, l’élite est protégée des effets la chute pendant bien plus longtemps que la masse, lui permettant de continuer comme si de rien était et de nier les faits. Ce mécanisme de « bulle » pourrait expliquer « pourquoi les chutes historiques ont pu se produire par une élite apparemment inconsciente de la trajectoire catastrophique (les cas les plus notables sont ceux des Romains et des Mayas). »3

Nous vivons dans une société de croissance, où la classe politique s’accorde presque unanimement à dire que notre bonheur doit passer par plus de productivité, plus de pouvoir d’achat, plus de consommation. Mais après des décennies à vivre de cette façon, des conséquences apparaissent forcément. Malgré une crise économique mondiale qui dure maintenant depuis presque huit ans, l’écart entre nos élites et nos masses n’a jamais été aussi grand, et continue d’augmenter. Le dérèglement du climat s’accompagne de guerres du pétrole, de la disparition d’espèces végétales et animales… Et pourtant, on continue de nous prêcher la croissance.

Déjà à la fin des Trente Glorieuses le « Rapport Meadows » du Club de Rome4 nous alertait de la possibilité d’une crise d’effondrement au début du XXIe siècle, causée par la surexploitation des ressources planétaires. Si le problème d’une « croissance infinie dans un monde fini » était déjà posé à l’époque, mais n’a visiblement pas été entendu, ce rapport de la NASA est une piqûre de rappel qu’il ne faudra pas prendre à la légère.

Alors sommes nous voués, inexorablement, à suivre la trajectoire des Mayas ? Malgré ce rapport sombre, notre chute n’est pas inévitable, si nous parvenons à faire de réels changements structurels et politiques, qui pourraient stabiliser notre société. Le rapport souligne qu’il ne faut pas espérer que les progrès technologiques seuls résolvent nos problèmes, puisqu’ils entraînent eux aussi une consommation plus importante. C’est en fait un appel à la mise en place de politiques de décroissance que font les chercheurs.
La décroissance fait peur à notre société, qui connaît les conséquences d’un ralentissement de la croissance : chômage, arrêt des programmes sociaux, culturels, … Elle fait surtout peur au pouvoir, qui refuse de perdre sa domination sur la masse et étouffe dans l’œuf toute initiative de système alternatif, comme ça a été le cas, par exemple, pour Tarnac. Mais la décroissance n’est pas une « croissance négative », c’est simplement changer nos comportements en remettant en question la façon dont nous déplaçons sans cesse marchandises, matériaux et hommes autour de la planète et l’impact négatif que cela a sur l’environnement ; ou encore les raisons pour lesquelles nous produisons tant d’objets si rapidement obsolètes ou à usage unique, qui alimentent ces nouveaux continents de plastique au milieu de nos océans5. Pour s’en sortir, nous devons mettre l’économie de côté et repenser son rôle dans nos vies. La croissance pour la croissance est destructrice et n’a plus raison d’être.

Il faut l’accepter : notre société occidentale ne peut continuer telle qu’elle est maintenant, elle est vouée à disparaître d’une manière ou d’une autre. Lorsque les civilisations du passé connaissaient leurs fins, elles pouvaient facilement être absorbées ou partagées par les voisins ; mais la mondialisation a uniformisé nos systèmes et nous a rendu interdépendants. Que se passera-t-il alors si notre société globale s’effondre et qu’aucun système alternatif n’existe ?
Le point de non-retour est passé, on ne peut trouver plus de ressources sur notre Terre, et nos conditions de vie commencent à se détériorer avec elle.

Nous devons nous préparer et adapter dès maintenant notre façon de vivre et de consommer les ressources, car l’effondrement a déjà peut-être commencé.

   [ + ]

1. « Dynamique Homme-Nature »
2. 20/08, Thomas Diego Balda
3. « It is likely that this is an important mechanism that would help explain how historical collapses were allowed to occur by elites who appear to be oblivious to the catastrophic trajectory (most clearly apparent in the Roman and Mayan cases). ». Rapport HANDY, 6.2 §2.
4. The Limits to Growth – Halte à la croissance ?, rapport de l’équipe de Dennis Meadows du MIT, pour et publié par le Club de Rome en 1972
5. Vortex de déchets de l’Atlantique Nord, et Vortex de déchets du Pacfique Nord, nommés affectueusement « septième et huitième continents »

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